Laurence Anyways est un film écrit et réalisé par Xavier Dolan, sorti en 2012.
Dans les années 1990, Laurence annonce à Fred, sa petite amie, qu’elle est en réalité une femme transgenre. Envers et contre tous, et peut-être bien eux-mêmes, elles affrontent les préjugés de leur entourage, résistent à l’influence de leur famille, et bravent les phobies de la société qu’elles dérangent. Pendant dix ans, elles tentent de survivre à cette transition, et s’embarquent dans une aventure épique dont leur perte semble être la rançon.
Le film de Xavier Dolan constitue une description quasiment idéal-typique d’une carrière au sens de Becker1. On y voit un ensemble d’interactions sociales qui contribuent au choix d’un individu de poursuivre une trajectoire déviante (au sens d’une transgression de la norme dominante) et les différentes séquences qui participe à la formation de son jugement.
Ainsi, les séquences ci-dessous donnent à voir les premières étapes de la transgression de la norme par Laurence, et la façon avec lequel la norme, loin d’être figée, est évaluée en situation par Laurence elle-même. En effet, sa toute première entrée en robe dans sa salle de cours est à peine remarquée par les élèves, et de nombreux regards approbateurs se font voir dans les couloirs, ce qui encourage Laurence à poursuivre sa transition.
Dans d’autres espaces en revanche, la sanction est clairement négative et met Laurence en danger (physiquement, par le biais d’agression transphobes, et économiquement, après son licenciement). Paradoxalement, ce geste, plutôt que de la rendre réfractaire à poursuivre sa démarche, finit de l’étiqueter comme transgenre et donc de la convaincre de la nécessité de continuer.
N’étant pas le premier à suivre le chemin de cette carrière, Laurence finit par trouver des groupes de personnes et des espaces sociaux au sein desquels il pourra être accompagné, épaulé voire parrainé. Progressivement, elle se rejoint une culture alternative, une sous-culture (sub-culture) au sens de Becker, au sein de laquelle elle pourra trouver une meilleure intégration, et renforcer son engagement dans la carrière.
Profitons de cette note pour préciser que de multiples chercheur.e.s ont depuis approfondi la réflexion sur le rapport entre carrière « déviante » et genre, soulignant la prégnance d’un regard à la fois androcentré et hétérocentré chez Becker. Des propositions récentes et stimulantes ont ainsi vu le jour pour compléter et affiner le cadre analytique de Becker2.
- Howard Becker, Outsiders, 1985.
- Isabelle Clair, « Howard S. Becker. Déviance et identités de genre », dans Sous les sciences sociales, le genre, 2010, pages 289 à 301.